Il y eu un moment où l’on put croire que la
politique de la terreur allait s’apaiser et se ramener à une
politique sévère encore, mais relativement humaine et
sensée. Ce fut une illusion.
Attaqué lui-même par les violents, le Comité de
Salut public crut devoir se défendre et les frapper ; mais
vainqueur, il se retourna contre ceux qui demandaient la
clémence, et il osa frapper les têtes les plus illustre de
la Révolution.
A cette époque, le Comité se composait de neuf membres :
quatre d’entre eux, Carnot, Prieur de la Marne, Robert Lindet, Cambon,
étaient les travailleurs, les administrateurs, les hommes
pratiques du Comité. Barère en était l’orateur
officiel auprès de la convention ; Collot d’Herbois et
Billaud-Varennes en étaient les agents auprès des clubs
et du parti démagogique. La pensée politique était
surtout résumée dans Robespierre, assisté du jeune
fanatique Saint-just et du paralytique Couthon ; ces trois hommes, unis
dans un étroit accord de pensées, composaient ce que l’on
commençait à appeler tout bas le Triumvirat.
Danton, imprudemment, avait refusé de faire partie de ce conseil.
Quelque gage que l’on puisse donner à la démagogie, il y
a toujours un parti démagogique extérieur qui n’est pas
satisfait. Le Comité de Salut public, si violent qu’il pût
être, avait encore le sentiment de l’ordre et de la règle
; c’était un gouvernement terrible, mais c’était un
gouvernement.
Il se forma donc en dehors de lui un parti de brouillons impatients,
déréglés, grossiers, composé des plus vils
et des plus ineptes éléments, critiquant la Convention et
le Comité lui-même, et rêvant, sans trop de
préméditation, un nouveau mai. Hébert en
était le journaliste, Vincent et Ronsin les chefs militaires,
Pache l’idole imbécile. L’ignoble journal du Père
Duchesne, écrit en langage des halles, répandait les
idées dans la populace. Ce parti en comptait sur la Commune,
espoir de tous les révolutionnaires depuis l’origine de la
Révolution.
Ce parti anarchique était odieux à Robespierre, qui
était avant tout un homme de gouvernement, quand le gouvernement
était entre ses mains.
Il lui était odieux encore par un autre endroit : ce parti
était athée et affichait l’athéisme. Chaumette,
procureur de la Commune, et Anacharsis Clootz, fanatique allemand,
avaient inventé le triste culte de la Raison. Notre-Dame avait
été fermée au culte catholique, et l’on y avait
célébré le fête de la Raison.
Robespierre, au contraire, poussait le déisme jusqu’à
l’esprit de secte : il méditait déjà un culte
nouveau, et il était fort scandalisé de celui de
Chaumette. Il se montra à cette occasion le défenseur de
la tolérance ; de concert avec Danton, il flétrit les
« mascarades religieuses » de la Commune et fit rouvrir les
églises.
Robespierre crut donc devoir frapper un grand coup contre ces
exagérés qui mettaient en péril son propre pouvoir
et scandalisaient ses principes. Hébert, Chaumette et Clootz
furent frappés et envoyés à l’échafaud ( 24
mars 1794 ). La foule suivit de ses huées ces lâches
adulateurs de son ignorance grossière, et répétait
en riant, comme faisait Hébert tous les vendredi dans son
Journal : « Il est b… en colère le Père Duchesne !
»
Ce coup frappé, il semblait qu’il n’y eût plus d’obstacle
à l’établissement d’un gouvernement modéré,
et Robespierre l’eût probablement inauguré si on lui
eût laissé l’honneur d’en prendre l’initiative, et si des
attaques imprudentes n’eussent à la fois menacé son
influence et blessé son prodigieux orgueil.
Un écrivain admirable, le plus spirituel, le plus
éloquent pamphlétaire de la Révolution, l’un de
ses violents et de ses plus dangereux amis, Camille Desmoulins, venait,
dans son Vieux Cordelier, demander l’établissement d’un
Comité de clémence. Il empruntait à Tacite une
peinture sanglante dont l’application n’était que trop claire ;
et il décochait contre Robespierre et Saint-Just, ces âmes
noires et vindicatives comme celles des dévots fanatiques, des
traits perçants qui devaient se retourner contre lui.
Danton se taisait ; mais son silence était désapprobateur
; et l’on disait que dans son intérieur il ne ménageait
pas les sarcasmes et les critiques. Du reste, paresseux et nonchalant,
las déjà de la Révolution, il avait laissé
le champ libre à son redoutable adversaire, en se retirant
à la campagne.
Une autre raison animait Robespierre et Saint-Just contre Danton et
Camille Desmoulins ; non seulement ceux-ci commençaient à
devenir suspects de modérantisme ; mais on les accusait d’aimer
le plaisir, la vie facile, de ne dédaigner ni le luxe ni les
ornements de la vie.
Au contraire, une nouvelle doctrine commençait à se faire
jour dans les discours de Robespierre et de Saint-Just. Ce
n’était pas seulement pour sauver la Révolution, pour
sauver la République que la terreur était
nécessaire ; c’était pour faire régner la vertu.
Leur idéal était une république, une
autorité rigide : quelque chose de semblable à ce que
Calvin a établi à Genève dans sa République
ecclésiastique.
Ainsi l’esprit de secte animait Robespierre contre Danton aussi bien
que contre Chaumette : comme les hommes de l’inquisition, il se croyait
le droit d’imposer la foi et la vertu par le fer et par le feu.
Devant cette ténacité implacable, l’énergie
intermittente et déjà fatiguée de Danton devait
succomber, et avec lui le dernier espoir des indulgents.
Robespierre obtint de la servilité de la Convention et de celle
des tribunaux révolutionnaires la tête de son puissant
adversaire, et en même temps celle de son brillant ami Camille
Desmoulins, à qui il sera beaucoup pardonné, pour avoir,
quoique à une heure tardive, plaidé la cause de la
pitié. Hérault de Séchelles, l’auteur de la
Constitution de 93, fut condamné en même temps. Ils furent
exécutés le 5 avril 1794.
Pour les compromettre dans l’opinion, on avait associé leur
cause à celle de quelques misérables, coupables de
honteuses spéculations, parmi lesquels malheureusement se
trouvait un homme de talent, Fabre d’Eglantine, célèbre
auteur du Philinte de Molière.
Avec Hébert et Danton furent frappés à la fois les
deux partis de l’exagération et de la clémence, du
désordre brutal et de la liberté des mœurs, de ceux qui
voulaient, suivant l’expression de Saint-Just, changer la
Liberté en bacchante, ou en prostituée.
Robespierre n'était pas seulement un
politique ; c'était un croyant. Nourri des oeuvres de J.J.
Rousseau. Il avait puisé sa politique dans le Contrat social, et
sa religion dans l'Emile et le Vicaire savoyard.
Cette religion était le déisme, c'est-à-dire la
religion naturelle, sans révélation, réduite
à deux dogmes : l'existence de Dieu et l'immortalité de
l'âme.
Il avait tonné aux Jacobins contre l'athéisme et
prononcé cette parole célèbre : l'athéisme
est aristocratique. Il avait fait condamner cette secte avec
Hébert, Chaumette, Anacharsis Clootz ; il avait flétri la
fête de la Déesse Raison célébrée
à Notre-Dame, sous le patronage de Chaumette et de la commune de
Paris ; il avait été jusqu'à défendre aux
Jacobins la liberté des cultes, même du catholicisme,
contre les violences fanatiques d'un nouveau genre.
Il lui restait à proclamer son propre culte : c'est ce qu'il fit
à la Convention dans un de ses discours les plus
étudiés, vrai pastiche de Rousseau, à la suite
duquel il proposa à la Convention le décret suivant qui
fut adopté le 18 floréal ( 7 mai 1794 ) :
Article premier. Le peuple français reconnaît l'existence
de l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme.
Article 2. Il reconnaît que le culte le plus digne de l'Etre
suprême est la pratique des devoirs de l'homme.
Ainsi, une Assemblée politique, s'érigeant en concile,
proclamait un dogme et constituait une nouvelle religion d'Etat !
Après cette proclamation, le décret établissait
une fête de l'Etre suprême. Elle devait avoir lieu pour la
première fois le 20 prairial suivant ( 8 juin ).
Elle eu lieu en effet : ce fut le triomphe de Robespierre, et en
même temps le signal de sa chute.
Il avait affecté, dit-on, dans l'espèce de procession
solennelle qui eut lieu, de marcher seul plusieurs pas en avant de ses
collègues du comité. D'autres disent que ce furent ces
collègues mêmes qui, jaloux de la
prépondérance qu'il avait usurpée,
s'étaient efforcés de le compromettre en l'isolant, et en
le forçant d'afficher ainsi ses prétentions à la
dictature.
Des insultes partirent du sein même de la Convention, et il
entendit retentir à son oreille les mots que Mirabeau avait
rendus célèbres : « La Roche Tarpéienne est
près du Capitole. »
Ainsi s'annonçaient les premiers symptômes de l'orage qui
se formait contre lui, et qui, en le terrassant lui et son parti,
allait délivrer la France du régime exécré
qu'elle subissait.
Ceux qui prétendent que Robespierre, s'il
eût triomphé au 9 Thermidor, eût établi
lui-même le système de clémence et de
modération qui a prévalu après cette
époque, oublient que c'est lui qui a présenté,
rédigé, fait adopter malgré elle à la
Convention la loi du 22 prairial, le plus infâme monument de
tyrannie que le monde ait subi depuis Tibère et Néron.
Il ne voulait, dit-on, que frapper les derniers débris de la
faction de Danton et de celle d'Hébert ; et alors il eût
établi un gouvernement régulier. Ne semble-t-il pas
entendre le farouche Louis XI disant à la Vierge : «
Encore un petit crime, ma bonne Vierge ; mais ce sera le dernier.
»
A moins d'exterminer toute la France, comment aurait pu faire
Robespierre pour qu'il n'y ait plus ni Royalistes, ni Girondins, ni
Dantonistes, ni Hébertistes, ni violents, ni
modérés ?
Bien loin de s'arrêter dans ses vengeances, il était
fatalement entraîné dans une voie de plus en plus
sanglante, puisque les ennemis croissaient avec les victimes.
A côté de la loi du 22 prairial, la loi des suspects
était une loi de clémence et d'humanité. La loi
des suspects permettait des défenseurs aux accusés : la
loi nouvelle les supprimait.
La loi des suspects exigeait des témoins : la loi nouvelle
permettait de s'en passer, en cas de preuves matérielles ou
morales.
La loi des suspects ne donnait la faculté de poursuivre qu'au
gouvernement ; la loi nouvelle investissait de cette faculté non
seulement les Comités et la Convention, mais l'accusateur public
Fouquier-Tinville, qui pouvait ainsi à lui seul désigner
la victime qu'il était chargé de poursuivre.
La loi des suspects laissait plusieurs degrés de peines : la loi
nouvelle n'en connaissait plus qu'une seule, la mort.
Cette loi terrible, votée sous le couteau, par la Convention
consternée, ne fut pas seulement une menace, elle fut
immédiatement exécutée, et alors commença
à Paris et dura pendant deux mois encore un épouvantable
massacre, où toute autre justice avait disparu, et qui frappait
non pas seulement les nobles, les riches, les émigrés,
les bourgeois, mais jusqu'aux classes populaires elles-mêmes
décimées par un insensé fanatisme.
Ainsi pratiquée, la Terreur ne pouvait plus être
appelée un système de gouvernement : c'était une
folie furieuse.
Le principal coupable ici est évidemment Robespierre ; et ce
n'est qu'avec justice que la postérité associe son nom
à cet abominable régime. Il en est le responsable, car
c'est lui qui l'a provoqué par la loi de prairial dont il a
été l'auteur réfléchi et l'avocat
impitoyable ; il en est responsable, car il était alors
incontestablement l'âme du Comité et de la Convention ; il
en est responsable : car au moins eût-il pu mitiger dans la
pratique l'exécution de la loi, et la tenir suspendue comme une
menace sur la tête de ses ennemis, tandis qu'il en abandonna
l'exécution à son exécrable agent
Fouquier-Tinville, dont la férocité stupide connaissait
aussi peu les conseils de la politique, que les réclamations de
la pitié.
Le mal était à son comble ; le châtiment ne pouvait
tarder.
Ce ne fut pas, comme on pourrait le croire,
l'humanité et la pitié qui eurent l'honneur de mettre
fin, par un généreux soulèvement, à la
tyrannie de la Terreur : ce fut la peur coalisée avec la
jalousie. Ce furent les plus criminels eux-mêmes qui
renversèrent celui qu'ils appelaient le tyran, et avec lui leur
propre système.
Le Comité de Salut public, qui depuis plusieurs mois n'avait pas
été renouvelé et exerçait la dictature,
était divisé en trois partis distincs : Carnot, Prieur (
de la Côte-d'Or ), Robert Lindet, ne s'occupaient que d'affaires
et étaient étrangers à toute lutte politique.
Robespierre, Saint-just et Couthon formaient un triumvirat, qui, par
une sorte de distinction intellectuelle et d'affection morale,
affichaient la supériorité sur leurs trois autres
collègues, Barère, Collot d'Herbois et Billaud-Varennes,
le premier sans conviction et sans autorité, les deux autres
démaguofues féroces et grossiers qu'une jalousie haineuse
commençait à animer contre le dictateur.
Un autre Comité, autrefois rival du Comité de Salut
public, mais depuis entièrement subordonné et
effacé, le Comité de sûreté
générale, composé lui-même de Jacobins
effrénés, commençait à trouver pesant le
joug de Robespierre, et à comploter dans l'ombre avec les
adversaires de celui-ci au Comité de Salut pubic.
Enfin, à la Convention, tous les anciens amis de Danton se
sentant observés, et voyant surtout dans la loi de prairial une
menace de tous les instants, commencèrent également
à s'entendre, à se concerter, à se préparer
à la résistance.
Le plus important de ces Dantonistes, celui qui a joué le
premier rôle dans la chute de Robespierre, était Tallien,
qui lui-même à Bordeaux avait donné d'affreux
exemples. Mais l'amour d'une femme l'avait assoupli et apaisé.
Elle lui avait inspiré la clémence; et maintenant qu'elle
était elle-même en prison; il avait à la sauver :
c'était Madame de penay, Mademoiselle Cabarrus, depuis la
célèbre Madame Tallien.
Robespierre, miné dans l'ombre, avait fait la même faute
que Danton. Il s'était retiré du Comité, et
pendant deux mois il cessa d'y assister ; c'était laisser le
champ libre à ses ennemis.
Averti du complot qui se tramait, il revint en toute hâte,
rappela Saint-Just qui était aux armées, et se
prépara à frapper un grand coup.
Il était encore tout-puissant ; aux jacobins, il n'avait rien
perdu de son prestige. La Convention tremblait devant lui. La Commune
lui était dévouée, et le commandant de la force
armée, Henriot, était un de ses instruments.
S'il avait osé donner le signal de l'insurrection, la Convention
surprise eût sans doute capitulé ou succombé. Il
préféra l'arme qui lui était familière, la
parole : elle se brisa entre ses mains.
Ecouté le 8 thermidor avec un silence glacé, il fut le
lendemain condamné lui-même au silence par une
Assemblée furieuse qui avait enfin secoué le joug. La
parole lui est refusée. De toutes parts, on demande son
accusation. Il essaye de se faire entendre : sa voix expire dans sa
gorge. " Le sang de Danton t'étouffe," lui crie-t-on. Il avait
vécu.
Robespierre et son frère, Saint-Just, Couthon et Lebas sont
décrétés d'accusation, ainsi qu'Henriot, le
commandant de la garde nationale.
Le rôle du dictateur était fini à la Convention ;
mais un mouvement populaire pouvait encore le sauver. La commune
s'était déclarée pour lui. Elle l'avait fait
délivrer ainsi que ses amis : elle faisait marcher les sections
de Paris contre la Convention.
Mais les temps n'étaient plus où les masses
obéissaient sans partage aux ordres révolutionnaires.
Entre les deux autorités de la Commune et de la Convention,
beaucoup hésitaient : la peur seule les retenaient encore.
Ce fut la peur la plus grande qui l'emporta. La mise hors la loi
prononcée par la Convention était encore une arme
terrible ; devant ce mot magique, les soldats abandonnèrent
Henriot, marchèrent contre ceux qui les avaient envoyés
et se rangèrent sous les ordres du député Barras,
que la Convention avait chargé du commandement. Ils ressaisirent
les prisonniers. Robespierre essaya de se tuer d'un coup de pistolet,
et ne se fit qu'une blessure affreuse.
Le lendemain, 10 thermidor, il fut exécuté avec Couthon
et Saint-Just, sur la place où il avait fait périr tant
de malheureux, laissant après lui une mémoire qui sera
éternellement controversée.
Robespierre n'a eu aucune trace de génie. On ne peut lui
attribuer aucune de ces mesures sages et pratiques dont l'honneur
revient aux Cambon, aux Carnot, aux Robert Lindet, aux Prieur de la
Côte-d'Or. Il n'a pas même eu l'initiative des grandes
mesures révolutionnaire, qui pour la plupart sont le fait de
Danton. Il n'a été que le théoricien et le
doctrinaire de son parti. Orateur habile, mais sans naturel, sans
mouvement et sans feu, il a eu cependant au plus haut degré
l'art de dominer les assemblées par la parole : telle a
été la partie la plus réelle de son talent et la
seule cause de sa puissance politique.
On doit lui faire honneur de la dignité de ses moeurs et de son
incorruptibilité ; mais l'austérité n'a jamais
été incompatible avec la perfidie, l'hypocrisie et la
cruauté.
Robespierre a eu les vertus et les vices d'un moine fanatique du moyen
âge. Il était fait dans un autre temps pour être
l'avocat de l'Inquisition. Ambitieux, jaloux, perfide, il était
capable de tout pour la plus grande gloire de ses idées. On
l'aimerait mieux moins austère, et plus généreux.
Avec le 9 Thermidor finissent les temps
héroïques de la Convention. Son existence se prolonge
cependant quatorze mois encore ; elle est encore troublée et
orageuse ; mais ce n'est plus la grandeur tragique des mois
précédents. Elle s'assagit, devient un gouvernement
relativement modéré, et laisse après elle une
Constitution libérale et pondérée.
Les évènements qui se dégagent dans cette seconde
période de l'histoire de la Convention sont : la réaction
thermidorienne, l'insurrection jacobine de Prairial et l'insurrection
royaliste de Vendémiaire.
Le 9 Thermidor, quels qu'aient été les mobiles de ceux
qui en avaient été les auteurs, devait être et fut
la fin du système de la Terreur. Les prisons furent ouvertes ;
d'innombrables accusés furent mis en liberté ;
l'échafaud ne fut plus en permanence, et les exécutions
cessèrent.
Le Comité de Salut public, accusé de dictature, fut
renouvelé, et ses pouvoirs furent amoindris et partagés.
Les comités révolutionnares furent partout dissous ; le
club des Jacobins fut fermé, et ses séances interdites.
Les Montagnards, les Terroristes, tous ceux qui étaient plus ou
moins suspects de complicité avec le régime de
Robespierre, sans avoir eu la prévoyance de se faire
Thermidoriens, remplirent à leur tour les prisons.
Cette réaction eut même des excès criminels, qui
rappelèrent les plus odieux crimes de la Révolution ; et
l'on vit dans le Midi, à Lyon, à Nîmes, à
Avignon, à Marseille, des bandes royalistes, sous le nom de
Compagnies de Jéhu, renouveler dans les prisons et dans les rues
mêmes les massacres de septembre.
Il est inexact cependant et historiquement faux de comparer ce que l'on
appelle la Terreur thermidorienne à la Terreur
révolutionnaire.
Les crimes des bandes du Midi ne sont pas imputables au gouvernement de
la Convention. S'il y eut beaucoup d'arrestations, il y eut peu
d'exécutions, sauf dans les premiers jours. Plus tard Carrier,
Lebon, Fouquier-Tinville sont à peu près les seuls que
l'on puisse mentionner ; et ces monstres, qui s'étaient fait un
jeu de l'assassinat, ne méritent nulle pitié. Collot
d'Herbois et Billaud-Varennes, les principaux auteurs du 9 Thermidor,
victimes eux-mêmes du mouvement qu'ils avaient provoqué,
ne furent condamnés qu'à la déportation.
Après le mouvement de prairial, six députés furent
condamnés et exécutés et méritent la
pitié, pour le courage noble et héroïque qu'ils
montrèrent en mourant { Ce sont Romme, Goujon, Duquesnoy, Duroy,
Bourbotte, Soubrany.}, surtout lorsqu'on les voit frapper par des mains
qui elles-mêmes étaient ensanglantées. Mais ces
députés s'étaient rendus complices de
l'insurrection, ou tout au moins l'avaient acceptée ; et leur
mort doit être considérée comme le châtiment
d'un nouvel attentat contre la représentation nationale, et non
comme le seul résultat de la réaction.
Il reste donc parfaitement vrai que le 9 Thermidor a été
l'affranchissement de la France. Les exès individuels, les
expiations légitimes et quelques emportements
exagérés ne doivent pas modifier l'opinion
légitime que la France s'est faite de ce mouvement
libérateur. { Le caractère de cet ouvrage ne se
prête en aucune façon à la controverse. Nous devons
donc nous borner aux indications précédentes. Il y eut
des excès, cela n'est pas douteux ; mais le fait évident,
éclatant, incontestable, c'est qu'à partir du 9
Thermidor, l'échafaud cessa d'être en permanence. Le
régime de l'assassinat légal a donc fini avec
Robespierre. }.
Le 9 Thermidor, en
amenant un certain relâchement dans le gouvernement, dut
provoquer le déchaînement des factions.
Les Jacobins, exclus du pouvoir, poursuivis dans leurs
personnes,suspendus dans leurs moyens d'action, durent, pour ressaisir
la fortune, essayer de leur ressource habituelle, l'insurrection : de
là la journée de Prairial ( Une première
émeute, moins grave, avait eu lieu le 12 Germinal ( 1er Avril )
).
Les royalistes à leur tour, délivrés de la
Terreur, rendus à la liberté, commençant à
respirer, recommencèrent à conspirer ; et profitant de
l'horreur qu'avait inspirée à la bourgeoisie la dictature
montagnarde, ils tentèrent à leur tour un mouvement
insurrectionnel : de là le 13 Vendémiare.
Ainsi deux insurrection : l'une jacobine en prairial, l'autre royaliste
en vendémiare, signalent la seconde période de l'histoire
de la Convention.
L'une et l'autre eurent pour occasion et prétexte la
Constitution : l'une la Constitution de 93 ; l'autre, la Constitution
de l'an III, que la Convention avait substituée à celle
de 93.
On se rappelle que la Constitution de 93 avait été
suspendue aussitôt que votée. Les Montagnards, alors
maîtres du pouvoir, n'avaient pas voulu un appel au peuple qui
eût pu changer le gouvernement ; et ils avaient eu raison.
Mais aujourd'hui écartés du pouvoir, ils
réclamaient l'exécution de cette Constitution, qui
était redevenue leur espérance. La Convention, par la
même raison, ne voulait pas de cette constitution qu'elle
considérait comme démagogique.
La politique ne fut pas la seule cause du mouvement de Prairial ( 20
mai 95 ) ; il s'y joignit une autre cause plus pressante et plus
cruelle : le défaut de subsistances.
L'insurrection se fit donc au double cri : Du pain ! et la Constitution
de 93 ! Les femmes s'y joignirent aux hommes et n'y montrèrent
pas moins d'acharnement.
La convention fut envahie par une foule armée, ses
délibérations furent suspendue. Le député
Féraud fut massacré et sa tête portée au
haut d'une pique. L'intrépide Boissy-d'Anglas, président
de l'Assemblée, supporta pendant six heures les attaques des
furieux, les baïonnettes et les fusils dirigés contre lui.
La Convention fut délivrée par les sections ; et ce fut
alors que la réaction contre les Jacobins pris le
caractère le plus sévère.
Bientôt, les royalistes enhardis essayèrent une tentative
analogue.
La constitution de 93, à la suite des journées de
Prairial, avait été décidément
rejetée et avait fait place à une Constitution nouvelle,
la Constitution de l'an III, beaucoup plus sage que la
précédente. Cette Constitution venait d'être
soumise à l'approbation des assemblées primaires. La
Convention allait terminer son rôle.
Mais avant de se séparer, par crainte des royalistes et pour
sauver la Révolution, elle avait décrété
que les deux tiers de la nouvelle Assemblée devaient être
pris dans le sein même de la Convention ; et ces décrets,
annexés à la Constitution, avaient été
soumis avec elle au vote des assemblées primaires.
Ce furent ces décrets qui provoquèrent l'insurrection
royaliste du 13 Vendémiare : on les considéra comme une
tentative de perpétuer la dictature révolutionnaire.
Cependant la France, dans les assemblées primaires, avaient
accepté les décrets en même temps que la
Constitutiton ; mais à Paris, où la majorité
commençait à tourner du côté des royalistes,
les décrets furent rejetés.
La jeunesse dorée, les muscadins, comme on les appelait,
affichaient insolemment, dans les rues de Paris, le retour aux moeurs
aristocratiques et le mépris de la démocratie.
Bientôt des entreprises plus menaçantes
éclatèrent et furent sur le point de réussir.
Vaincues par le suffrage, les sections de Paris en appelèrent
aux armes. Près de 40.000 hommes s'armèrent contre la
Convention.
Elle fut sauvée par un jeune général qui avait
déjà, par une idée heureuse, décidé
de la prise de Toulon, et qui par la décision et
l'énergie put, malgré l'infériorité du
nombre, refouler de toutes parts l'insurrection. C'était le
général Bonaparte.
Barras, le même représentant qui, au 9 Thermidor, avait
pris le commandement des troupes et décidé la victoire,
avait été encore cette fois chargé du commandement
supérieur ; et c'était lui qui avait
désigné Bonaparte pour lui servir de second. Il reconnut
hautement que c'était à celui-ci qu'appartenait le
succès de la journée.
Ce fut rue Saint-Honoré, près de l'église
Saint-Roch et même sur ses degrés, qu'eut lieu le plus
fort de la lutte. L'artillerie de Bonaparte foudroya les sectionnaires,
et sauva la Convention.
Le 13 Vendémiairefut la défaite définitive du
parti royaliste, qui ne devait plus retrouver son heure de fortune
qu'avec les malheurs de la France.
La Convention, sous prétexte de reviser
la Constitution de 93, en fit une toute nouvelle, qui se distinguait de
celle-ci et aussi de celle de 91 par ces caractères importants.
On l'appela la Constitution de l'an III ( 1795 ).
Cette Constitution naturellement était républicaine, on
ne pouvait en attendre une autre de la Convention ; mais l'esprit
démocratique y était très tempéré.
Elle établissait :
1° Le suffrage à deux degrés. Les citoyens
réunis en assemblées primaires nommaient les
électeurs qui devaient nommer les députés.
2° Deux chambres, le Conseil des Cinq-Cents, et le conseil des
Anciens ; le premier ayant l'initiative des lois, les seconds la
sanction. Ces deux conseils, outre cette différence
d'attribution, se distinguaient par le nombre et l'âge de leurs
membres. Ils composaient le pouvoir législatif.
3° Un Directoire, composé de cinq membres nommés par
les deux conseils chargés du pouvoir exécutif.
4° Le renouvellement annuel des deux conseils par tiers, et du
Directoire par cinquième.
5° La réunion de plein droit des assemblées primaires
le premier prairial de chaque année.
6° Enfin un pouvoir judiciare électif.
Ainsi cette Constitution se distinguait de la Constitution de 93 :
1° en conservant le suffrage à deux degrés, tel qu'il
était sous la Constituante.
2° En ne donnant aucune part du pouvoir législatif aux
assemblées primaire, qui ne restaient plus chargées que
des élections.
Elle se distinguait de la Constitution de 91 :
1° par la suppression du pouvoir unique et
héréditaire ;
2° par l'établissement des deux chambres ;
3° par le principe du renouvellement partiel ;
4° en ce qu'elle n'admettait pas la responsabilité des
ministres, simples agents du pouvoir exécutif.
Enfin elle se distinguait de la Constitution républicaine des
Etats-Unis en confiant le pouvoir exécutif à plusieurs et
non à un seul.
Sauf la composition vicieuse du pouvoir exécutif, qui dans un
grand pays se concilie difficilement avec la multiplicité des
personnes, cette Constitution était bonne et semblait concilier
à la fois la sagesse et la liberté.
Mais les Constitution sont peu de chose quand elles ne sont pas le
résultat des moeurs et du temps. En temps de révolution,
les hommes ont plus d'importance que les institutions.
L'intérêt
tragique que représente l'histoire de la Convention a souvent
fermé les yeux sur son oeuvre législative. Cette oeuvre
est considérable.
La Convention a continué et achevé l'oeuvre de la
Constituante. Elle a surtout contribué à fixer
l'établissement de l'unité nationale.
Avant la Révolution, la France était régie par un
grand nombre de législations diverses. Elle était
divisée d'abord en deux grands groupes, pays de droit
écrit ou de droit romain, pays de droit coutumier. En outre, il
y avait autant de coutumes que de provinces. La Convention, comme la
Constituante, a travaillé à la fusion de toutes les lois
et de toutes les coutumes ; elle a jeté les fondements de ce
qu'on a appelé plus tard le Code Civil. Elle a
préparé ainsi l'unité juridique.
Toutes les provinces avaient leur système de mesures. Dans
l'Anjou seul, on employait 98 mesures différentes pour le grain.
La Convention fonda l'unité des poids et mesures, en
établissant le système métrique.
Les créances envers l'Etat reposaient sur toutes sortes de
titres différents, et avaient des origines diverses. La
Convention unifia la dette nationale en créant le Grand-Livre,
où tous les créanciers étaient inscrits et
confondus.
Sous l'ancien régime, les corps savant ou Académies
vivaient d'une vie indépendante et séparée. La
Convention, après les avoir dissoutes, les fit renaître et
revivre sous le titre de Classes et en les réunissant en un
corps unique qui fut l'Institut.
L'Institut est un gouvernement fédératif dans lequel
chacune des classes ( qui ont repris depuis le nom d'Académies )
est souveraine dans son domaine propre, mais liée aux autres par
des intérêts communs, des assemblées communes, un
bureau commun ; en un mot elles représentent dans la
diversité des différentes sciences l'unité du
savoir humain.
Aux quatre Académies qui existaient dans l'ancien régime
( Académie française, Académie des inscriptions et
belles-lettres, Académie des sciences, Académie des
beaux-arts ), la Convention en ajouta une cinquième, qui
répondait aux besoins de la société nouvelle, la
Classe des Sciences morales et politiques.
Supprimée sous le Consulat comme suspecte d'idéologie et
d'indépendance politique, cette classe fut rétablie en
1832 par M.Guizot, sous le gouvernement de Juillet.
Parmi les créations scientifiques de la Convention, il faut
citer encore les suivantes : le Museum, corps savant institué au
Jardin des plantes pour l'enseignement des sciences naturelles ;
l'Ecole polytechnique, chargée de préparer une
élite de jeune gens aux armes spéciales et aux grands
travaux publics ; le Bureau des Longitudes, l'Ecole des langues
orientales, le Conservatoire de Musique, le Conservatoire des Arts et
Métiers.
Elle fit la première loi sur la propriété
littéraire. Elle a créé le Bulletin des Lois.
Elle établit à Paris, une Ecole normale, qui dura quatre
mois : ce fut le premier essai, mais l'essai informe de ce qui devint
plus tard l'Ecole Normale supérieure. Elle créa aussi des
Ecoles centrales, pour remplacer les anciens collèges. Ces deux
créations furent le berceau de notre moderne Université.
Dans ces écoles l'enseignement littéraire fut très
faible : le personnel manquait ; mais il n'en fut pas de même de
l'enseignement scientifique.
Pour la première fois on vit les plus grands savants ( Monge,
Berthollet, Haüy, etc ) devenir professeurs. Ils
enseignèrent à l'Ecole normale et à l'Ecole
polytechnique les vraies méthodes scientifiques. Cet
enseignement forma des hommes qui transportèrent ensuite ces
méthodes dans toute la France, les répandirent dans les
écoles centrales, et plus tard dans les lycées. La vraie
science se substitua à la science caduque et scolastique des
anciennes Universités.
On peut donc dire que l'enseignement scientifique, dans
l'Université moderne, est l'oeuvre de la révolution et de
la Convention.
Devant ces immences services rendus à la cause de l'esprit
humain, il est difficile de maintenir contre la Convention l'accusation
de vandalisme, que des excès et des désordres populaires
inséparables des révolutions ont plus ou moins
autorisée. Au contraire, c'est la Convention qui la
première a fait une loi pour la conservation des monuments
historiques. C'est encore elle qui a organisé le musée du
Louvre.
Lakanal, Daunou, Fourcroy, l'abbé Grégoire : tels sont
les noms dont la postérité doit conserver le souvenir, et
auxquels revient l'honneur de toutes les mesures libérales que
nous venons d'énumérer.
On voit qu'elle fut l'oeuvre de la Convention. Une pareille somme de
travaux dans les temps antérieurs aurait demandé
plusieurs siècles ; ce fut le travail de trois années. La
convention ne s'est pas contentée de détruire, elle a
fondé et organisé ; et nous jouissons encore aujourd'hui
des fruits de son activité législative.
Le désastre de Savenay avait mis fin à la grande guerre
de Vendée. A partir de ce moment, ce ne fut plus qu'une guerre
de partisans dans le Marais sous le commandement de Charette, et en
Bretagne une guerre de brigandage sous le nom de chouannerie.
Cette guerre de partisans se termina par la première
pacification de la Vendée, qui eut lieu en 1795.
Charette fit sa soumission, et, avec la facilité d'enthousiasme
qui caractérise le peuple français, il fut reçu
comme en triomphe dans la ville de Nantes. Bientôt les autres
chefs suivirent son exemple.
Ce n'était qu'une paix simulée, c'est-à-dire une
trêve. Pendant que Charette négociait, Puisaye,
l'organisateur de la guerre des Chouans, préparait à
Londre, de concert avec les Anglais et les émigrés, une
expédition considérable.
Cette expédition débarqua en Vendée dans la
presqu'île de Quiberon, croyant que tout allait se soulever sur
son passage, et qu'elle n'avait qu'à marcher devant elle pour
reconquérir la Vendée et la Bretagne. Il n'en fut pas
ainsi.
La défiance et la division partageaient le parti royaliste.
Rien ne bougea ; des bandes de Chouans indisciplinés vinrent
seules se joindre aux troupes de débarquement, et, ne pouvant
franchir les lignes républicaines, furent rejetées dans
la presqu'île étroite de Quiberon, sous la protection d'un
fort que les républicains emportèrent la nuit par
surprise ( 20 juillet 95 ).
Ce fut alors un affreux désastre. Précipités dans
la mer, les insurgés furent en grande partie détruits.
Quelques-uns seulement purent se sauver. Les émigrés pris
les armes à la main furent fusillés, conformément
aux lois.
Les chefs vendéens qui n'avaient pas bougé lors de
l'expédition de Puisaye, relevèrent la tête
après sa défaite. Charette, comptant sur une nouvelle
expédition de débarquement, cette fois commandée
par un prince français, le comte d'Artois, repris les armes
ainsi que les autres chefs.
Mais l'expédition, arrêtée à l'Ile-Dieu
pendant plus d'un mois, ne débarqua pas, et le prince s'en
retourna comme il était venu.
Réduits à leurs propres forces, abandonnés chaque
jour par leurs soldats, les deux derniers chefs vendéens,
Stofflet et Charette, furent livrés à l'armée
républicaine : l'un et l'autre furent fusillés.
L'insuccès des expéditions du dehors, la prise et la mort
des chefs insurgés amenèrent la seconde pacification de
la Vendée.
Un jeune homme, le général Hoche, déjà
illustre par son succès sur les bords du Rhin, avait
déployé dans cette guerre les plus grandes
qualités militaires et politiques. C'est à lui surtout
que l'on dut la fin de cette guerre odieuse, qui divisait la France
avec elle-même. Cette seconde paix à la
vérité ne fut pas encore elle-même la
dernière ; les derniers vestiges de rébellion ne
s'éteignirent définitivement que sous le Consulat ; mais
la République fut cependant délivrée de ce
péril pendant quelque temps, et elle put en toute
sécurité ne plus songer qu'à ses ennemis
extérieurs.
A la fin de 93,
l'invasion était arrêtée sur toutes nos
frontières. En 94, elle fut refoulée tout à fait,
et la République française devint à son tour
envahissante et conquérante.
La campagne de 1794, aux Pays-Bas, vit la marche parallèle de
Pichegru le long de la mer du Nord, et de Jourdan le long de la Meuse
et de la Sambre.
En Flandre, le général Pichegru et ses lieutenants
avaient battu Clerfayt à Mouscron at à Courtray, Cobourg
et le duc d'York à Tourcoing, et Clerfayt encore une fois
à Hooglède.
Sur la Sambre, Jourdan avait remporté la fameuse victoire de
Fleurus ( 27 juin 94 ) , qui, menaçant de couper les
communications de l'armée autrichienne, l'avais forcée
à la retraite.
La seconde conquête de la Belgique fut la conséquence de
cette importante bataille.
Bientôt, Jourdan poussait les Autrichiens devant lui, les
refoulait de la rivière de l'Ourthe à celle de la
Roër, et de celle-ci sur le Rhin, dont il devenait le maître
jusqu'à Cologne.
De son côté, Pichegru passait la Meuse et arrivait devant
le wahal, c'est-à-dire encore le Rhin, que nous avions ainsi
atteint sur toute la ligne de l'est à l'ouest.
Tels étaient les résultats de la campagne de 94.
Au Midi, le général Dugommier avait, du côté
de l'Espagne, refoulé l'ennemi jusqu'au delà des
Pyrénées. Il était mort victorieux à la
bataille d'Escola. Du côté de l'Italie, la
général Dumerbion, dirigé par Bonaparte, avait
fait quitter aux Piémontais le camp de Saorgio, et les avait
forcés de se replier au delà des Alpes.
Ainsi le territoire était délivré : la
conquête de la Savoie et de Nice assurée. Voilà
pour le Midi.
Quant au Nord, la puissance française s'étendait jusqu'au
Rhin.
Un dernier coup d'éclat vint l'année suivante jeter la
terreur en Europe. Ce fut l'invasion et la conquête de la
Hollande.
Pichegru entrait à Amsterdam, le 20 Janvier 95, et après
avoir passé le Zuyderzée sur la glace, il faisait
prisonnière la flotte hollandaise. Il dut à l'hivers
d'achever cette conquète que Louis XIV et Dumouriez avaient
manquée.
A la suite de ces brillants succès, les deux traités de
Bâle ( 25 avril et 14 juillet 1795 ), et celui de La Haye ( 15
mai ), dissolvaient la première coalistion, et
désarmaient trois de nos ennemis, la Prusse, l'Espagne et la
Hollande.