HISTOIRE DE LA TERREUR

joris Abadiejoris Abadie

LIVRE XIX
LES ANNEXIONS

1.

Le jour même où Dumouriez rejoignait, à Valenciennes, la partie de son armée qui venait de vaincre à Valmy, le conseil exécutif prenait un arrêté ainsi conçu : " Le conseil, délibérant sur la situation de la République, relativement à la guerre qu'elle a entreprise contre les despotes coalisés ; Considérant qu'en vain le patriotisme des citoyens, la valeur des soldats et l'habileté des généraux auraient repoussé au delà des frontières les armées ennemies, si elles pouvaient encore, en s'établissant dans les pays circonvoisins, s'y renforcer avec sécurité et y préparer impunément les moyens de renouveler incessamment leur funeste invasion ; Considérant que toute résolution généreuse et nécessaire pour l'honneur comme pour la sûreté de la République, ne peut qu'être avoué par la nation et  par la Convention nationale : Arrête que les armées française ne quitteront point les armes et ne prendront point de quartier d'hiver jusqu'à ce que les ennemis de la République aient été repoussés au delà du Rhin." ( Cinq jours auparavant, la Convention avait voté l'adresse suivante aux volontaires des bataillons de 1791 dont le temps de service était expiré : " Citoyens soldats la loi vous permet de vous retirer ; le cri de la patrie vous le défend. Quand Porsonna était aux portes de Rome, Brutus quitta-t-il son poste ? ... L'ennemi a-t-il repassé le Rhin ? Longwy est-il repris ? Le sang des français dont les barbares ont arrosé la terre de la liberté est-il vengé ? leurs ravages et leur barbaries sont-ils punis ? ont-ils reconnu la majesté de la République et la souveraineté du peuple ? Soldats, voilà le terme de vos travaux ; c'est en dire assez aux braves défenseurs de la patrie. La Convention nationale se borne à vous recommander l'honneur français, l'intérêt de l'Etat et le soin de votre propre gloire." ).
Dumouriez était prêt à mettre à exécution cet arrêté qui traduisait si bien les sentiments dont la nation entière était animée. Il avait fait d'avance toutes ses dispositions : le corps d'armée placé immédiatement sous sa main comptait quarante mille hommes ; à sa droite, Valence devait marcher sur Namur avec seize mille combattant, tandis qu'à sa gauche le général La Bourdonnaye s'avancerait de Lille sur Tournay avec un corps d'armée d'une force à peu près égale. Au moment de mettre le pied sur le territoires des Pays-Bas autrichiens, Dumouriez lance deux proclamations, l'une adressée au peuple belge, l'autre à ses soldats.
" Nous entrons sur votre territoire, dit-il dans la première, pour vous aider à planter l'arbre de la liberté, sans nous mêler en rien de la constitution que vous voudrez adopter... Prenez une entière confiance dans la République française et dans les armées qu'elle envoie à votre secours ! Nous respecterons vos propriétés et vos lois... Joignez vos armes aux nôtres. Pourvu que vous établissiez la souveraineté du peuple et que vous renonciez à vivre sous des despotes quelconques, nous serons vos frères, vos amis, vos soutiens."
" Généraux, officiers, soldats, fiers républicains, s'écrie dans la seconde le défenseur de l'Argone, vous tous, mes braves camarades, nous allons entrer dans la Belgique pour repousser les ennemis barbares et les perfides émigrés, et les en chasser. Entrons dans ces belles provinces comme des amis, des frères, des libérateurs ; montrons de la clémence envers les prisoniers de guerre et de la fraternité envers les habitants du pays." ( Ces proclamations de Dumouriez furent lues à la Convention le 1er novembre, ainsi que l'arrêté du Conseil exécutif provisoire du 24 octobre. Le Moniteur se contente de les analyser ; nous les avons retrouvées in extenso dans le Journal des Débats et Décrets, n° 43, p. 6 et 7.)
Ces deux proclamations fort habiles sont accueillies très-favorablement par les Belges et par l'armée. Dans une instruction spéciale, Dumouriez interdit aux généraux sous ses ordres toutes intervention en matière d'impôt et de gouvernement ; il leur recommande de veiller à ce que leurs troupes ne se déshonorent pas par des pillages et des désordres. ( Voir cette instruction au Moniteur, n° 314. )

Histoire de la Révolution Française. Chapitre I à X

Histoire de la Révolution Française. Chapitre XI à XX

Histoire de la Révolution Française. Chapître XXI à XXX

Histoire de la Révolution Française. Chapitre XLI à L

Histoire de la Révolution Française. Chapitre LI à LX

Histoire de la Révolution Française. Chapitre LXI conclusion et gravures

Quatrevingt-treize Dessins de la Révolution Française.

L’œuvre de Paul Janet

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